Benoît Félix

Dessiner

28/10/2005 - 24/12/2005

Au commencement était le trait. Le trait de la main. La ligne libre, libérée de la main même, le mouvement de la pensée dessinée. La figure dans l’obscurité de la grotte. Le trait de Benoît Félix. Sa pensée aujourd’hui. Sa pensée dans notre présent. Le présent de sa main, la ligne, sa fonction dans la ville, dans l’urbanité de la ville qui ne se laisse pas envahir par le tumulte. Le trait, passage pour piétons, trait du sens interdit. Prélèvement des traits couturés ou interrompus. Le couper-coller de notre société du doute. Ici point de doute. La ligne s’affirme aux creux d’un pli. La ligne séparatrice qui engendre le volume dans l’espace. La coupure, ses bords. Lieux du traumatisme dans la surface du blanc. L’ombre, l’ombre portée, portée à bout de bras par un dessin contemporain ayant acquis tous les relais de l’histoire. Les bisons de Lascaux, un bas-relief de la Haute Egypte, un acier monumental de Serra. Et s’imposant, ne se réclamant plus de la pensée d’un autre, tel un nouveau solfège, aussi vivant que le chant des oiseaux qui sort du corps dans son entier. Un dessin qui intègre l’abstraction, qui pointe sous la trame des sensations et qui est soumis à la perforation, aux agrafes, aux épingles. Et dans son application féconde Benoît Félix rend sa souveraineté à la couleur, à la transparence de l’aquarelle, au papier teinté par le brou de noix. C’est la loi du dessin qui se fait et ce qui est forme pour l’un sera matière pour l’autre.

Un corpus subtil empruntant, détaché de toute situation équivoque, des images de corps glanées dans les revues, publicités ou sur internet (fragments de corps dupliqués et collés bord à bord à eux-mêmes). La peau. Rose. La prose couturée à nouveau. Le fil reprisant avec l’espoir d’être fidèle à l’ordre des formes. Ainsi Benoît Félix met en pratique le jeu de la détente et de la contraction. Il libère la tension et de là s’articule la carcasse du dessin. Essaim d’un élan de soi dont le vitalisme rend au dessin l’austérité somptueuse de son essence.

Jean-Marie Stroobants

ŒUVRES ET REVUE DE PRESSE

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Site de l’artiste: http://www.benoitfelix.com