Evelyne de Behr

sans cible

08/05/2015 - 27/06/2015

 

De la chaux sur le sol avec en son centre évidé l’empreinte d’une main, d’un pied. Une trace figurant l’être humain dans son manque à lui en tant que matière existante. En vis-à-vis de ce constat, le désir et le défi d’offrir de soi, de seconde en seconde, son existence. Où? Ici.

Maintenant. L’absolue décision d’être vivant encore, demain et surtout les autres jours. L’urgence de la pensée s’accompagnant de l’urgence du corps. Je n’est plus un autre. Face à nous, à contre vous, Evelyne de Behr a acquis une présence. Observez ce qu’elle dessine, observez ce dessin au pastel d’une femme nue sur laquelle deux mains différentes d’hommes sont posées sur l’un et l’autre sein. Degas, cet immense pastelliste, a peint il y a plus d’un siècle la femme à sa toilette ou la femme au tub. L’observation qu’il fait du geste intime et quotidien et la pose de la femme ne doit rien à la tradition du sujet galant. Aujourd’hui Evelyne de Behr en maîtrisant la même technique, peint un homme qui des deux mains se protège le sexe. Ses dessins sont ainsi façonnés par le résultat d’un travail cérébral pour lequel la matière vivante est la référence. Les structures de son espace graphique ou pictural peuvent être d’une grande sobriété ou plus baroques. La ligne y joue le rôle principal et le modelé est rendu par la virtuosité du trait. Je pense à un dessin qui a pour titre « 69 » et qui est exceptionnel dans la maîtrise de son exécution, son expression et sa sensualité. Ou d’autres encore, dont la plasticité des formes est obtenue par un délicat toucher du pastel ou l’emploi judicieux d’un crayon blanc sur une feuille noire. Enfin, le dessin d’un « puzzle » dans son minimalisme graphique nous conduit d’un seul jet dans la composition toute en courbes d’un parcours labyrinthique où il n’y a aucune entrée et aucune sortie. Nous n’y rentrons pas et nous n’en sortons pas. Nous en sommes.

Jean-Marie Stroobants
Mai 2015

ŒUVRES ET REVUE DE PRESSE

Site de l’artiste: www.evelynedebehr.com